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Comment Google défend ses intérêts stratégiques à Washington et à Bruxelles ?

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Le Wall Street Journal publiait il y a quelques semaines un article concernant le lobbying de Google à Washington, suite à la mise en ligne d’un rapport administratif détaillé par la Chambre des Représentants dans le cadre du Lobbying Discloture Act, datant de 1995; L’occasion de mieux comprendre les grands enjeux stratégiques et politiques  actuels de ce géant californien.

D’abord en ce qui concerne le budget,  son montant atteint $950,000 pour le second trimestre 2009 soit une hausse de 30% par rapport à 2008 et concerne l’activisme de Google auprès de la Chambre des Représentants, d’organismes de régulations tels que la FTC (Federal Trade Commisson) et de la Maison Blanche. A Bruxelles, Google est inscrit au registre volontaire des lobbyistes et affiche un budget compris entre 300 000 et 350 000 euros pour l’année 2008 (environ 20% du budget global).

“There is a growing number of issues being debated in Washington affecting the Internet and our users and we feel it is important to be involved in those debates,” a déclaré Adam Kovacevich, porte-parole de Google.

Il est clair que le champs d’implication de Google dans le débat public est plutôt large, allant du droit d’auteur aux énergies renouvelables, mais le cœur de ses préoccupations concerne l’adoption des technologies de cloud-computing, l’extension du réseau internet et surtout la régulation de la publicité en ligne sur laquelle repose  97% de ses revenues.

Ses investissements coïncident avec la volonté des législateurs américains de limiter la collecte des données en ligne à des fins de ciblage publicitaire et Google fourni  sur ce point ultra-stratégique un gros effort de pédagogie pour conserver ses droits. Nicole Wong, qui représente la société sur les questions de propriété intellectuelle, livrait en juin dernier à une sous-commission de la Chambre des Représentants une explication détaillée des bénéfices de la « publicité comportementale » et des dernières évolutions d’Adsense (Interest-based advertising) en matière de expérience utilisateur et de protection des données personnelles. A noter que Google fait preuve d’une grande transparence dans ces démarches et rend accessible l’audition en sous-commission, le discours de N.Wong retranscrit et la plupart des documents d’information distribués à Washington.

A la question de l’accès universel au réseau internet, Google participe aussi activement aux débats aux États-Unis  dans le cadre du Broadband Plan, lancé par la FCC (Federal Communications Commission) et qui vise à rassembler les meilleurs propositions à présenter au Congrès en 2010. Parmi les idées que Google défend ouvertement, figurent l’accès des écoles, bibliothèques et autres établissements publiques à la fibre optique et la mise en place de mesures incitatives en direction des FAI pour qu’ils privilégient la fibre optique  sur les nouveaux réseaux. Sa stratégie pour convaincre et peser dans les décisions s’articule autour de deux initiatives : Elle s’appuie d’abord sur la New America Foundation, un think tank créé en 1999 à Washington et dont le Président du Directoire n’est autre que Eric Schmidt, CEO de Google. L’action de Google s’intègre dans un large programme appelé Wireless Futur Program qui entretient des liens  très rapprochés avec la FCC et la presse. Ensuite, Google a lancé il y a un mois une plateforme publique pour  permettre aux internautes de proposer directement leurs idées et voter pour les meilleurs propositions. 2100 personnes ont participé, avec 530 idées qui ont elles-mêmes reçus 45,300 votes. Au-delà de l’aspect « crowdsourcing »  intéressant de l’opération, il me semble que c’est aussi un moyen efficace d’amener une sorte de « légitimité populaire » à son argumentation et de mieux convaincre le législateur américain en jouant la carte de la démocratie. Enfin, Google compte prochainement mettre la pression sur les FAI en apportant aux internautes des outils en ligne leur permettant de vérifier la qualité de leur connexion.

En ce qui concerne le droit d’auteur, Google fait en ce moment  l’objet d’une double investigation lancée  d’abord par le Département de Justice américain début juillet et ensuite par la Commission Européenne pour faire la lumière sur une plainte déposée en 2005 par deux associations représentant les détenteurs de droit d’auteur aux États-Unis, the Authors Guild et the Association of American Publishers. En 2008, Google avait finalement conclu un accord à l’amiable pour un montant de 125 millions de dollars lui permettant de prendre part au profit issus de la vente de ces éditions en ligne. Dans cette affaire, c’est la rentabilisation du service de bibliothèque numérique Google Book Search et ses 7 millions de livres scannés qui est directement visée; Et d’autres acteurs majeurs comme Amazon et Sony ainsi que des experts renommés proches de Tim O’Reilly s’opposent fermement au projet en criant au monopole. Dans ce contexte houleux, Google a organisé à ses frais une visite  à plusieurs membres de la Chambre de Représentants, du Sénat et de la FTC pour s’expliquer plus directement sur la question. En Europe, l’entreprise a récemment rencontré la Commission européenne pour discuter des implications de cet accord au plan européen et rassurer les éditeurs déjà très tendus sur le sujet.

Un dossier brûlant concerne enfin Google Health, la portabilité des données et in fine l’accès des patients a leurs dossiers médicaux. Aux États-Unis, ces informations (Electronic Health Records -EHRs) sont gérées conjointement par les hôpitaux et les médecins selon la loi HIPAA datant de 1996. Aujourd’hui, Google tente de profiter de la réforme du système de santé initiée par Obama pour rendre les dossiers médicaux accessibles au patients (Personal Health Record -PHRs) et conformes aux standards web, ce qui ouvrirait leur exploitation dans le cadre de son service Google Health. L’entreprise forme sur ce point un tandem avec Microsoft, qui travaille de son côté sur le service Health Vault. Eric Schmidh (CEO de Google) et Craig Mundie (CRO de Micorsoft) participaient en août au Presidential technology Council pour faire entendre leur position aux officiels chargés du volet technologique (de cette réforme) dont le CTO Aneesh Chopra en personne. Avant cela et dès le mois de juin 2009, la stratégie de Google pilotée par Adam Bosworth se mettait en place au travers de la  »Declaration of Health Data Right« , un mouvement lancé avec les poids lourds de l’information médicale (Dossia, Web MD, TedMed…) pour donner de la profondeur au débat et inciter les internautes à prendre position. Sans surprise, la question suscite énormément de tensions au plan politique d’autant que l’on commence aujourd’hui à critiquer le Président sur ses relations avec les lobbyistes de l’industrie pharmaceutique

Enfin l’influence de Google s’exerce de manière directe sur l’administration Obama par l’intermédiaire d’Eric Schmidt, conseiller du président et membre de son conseil économique. Certains ex-employés ont également rejoint la nouvelle administration comme Andrew McLaughlin, anciennement grand patron des affaires publiques chez Google qui a fait partie de l’équipe de transition d’Obama. Après une vive polémique entretenue par le Center For Digital Democraty et Consumer Watchdog, deux associations très actives sur les questions numériques et viscéralement google-sceptiques, sa nomination a finalement été confirmé. Il est désormais en poste sous la direction du CTO Aneesh Chopra dont la fonction est d’organiser l’agenda du Président relatif aux technologies de l’information. Difficile ne pas imaginer dans ce contexte un léger tropisme en faveur de Google.

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Dernier point, il est important de mettre les faits en perspective et de reconnaître que Google reste un acteur presque marginal sur un plan strictement budgétaire par rapport à ses concurrents Microsoft ou AT&T par exemple, qui ont respectivement investi $1.9 million et $3.1 million au second trimestre 2009. Ce tableau comparatif (fourni par Google) permet de mieux se rendre compte de la situation. En définitif, Google prend une part de plus en plus importante dans la gestion des données informatiques aux Etats-Unis et intervient, à ce titre, sur les questions cruciales de santé publique, de développement urbain  et d’infrastructure publique, en plus des sujets qui  relèvent strictement de son métier. Dans ce contexte, la stratégie de lobbying de Google se traduit quasi-systématiquement par le dialogue ouvert avec l’ensemble des parties prenantes, le placement d’employés dans les organisations influentes,  la vulgarisation du débat pour provoquer une réaction auprès du grand public via internet et la communication en toute transparente sur ses ambitions. A noter aussi que l’action de Google s’inscrit parfaitement dans l’agenda présidentiel et dans les grands projets de l’administration Obama, ce qui permet à l’entreprise de profiter des enjeux nationaux pour faire entendre ses préoccupations et d’accroître ainsi son influence au sommet de l’Etat américain.

Profession: Corporate Security Manager chez DAIMLER AG

Photo de Thomas Menk, corporate security manager chez Daimler AGLe Journal des Directeurs de Sécurité des Entreprises de juin 2008 présente une interview de Thomas Menk, Corporate Security Manager chez Daimler Chrysler, qui nous livre sa vision du management des risques de sécurité dans le cadre de la ‘corporate governance’.

Thomas Menk a effectué un long cursus universitaire en Allemagne où il a obtenu un DEA d’administration publique à l’Université de Speyer en 1989 et un Doctorat d’administration publique en 1993. Il a commencé sa carrière en tant qu’officier à l’agence de sécurité allemande [94-01] pour devenir membre du ministère de l’intérieur au niveau fédéral.

Depuis 2001, le Docteur Menk est directeur du département sécurité chez Daimler Chrysler AG et entreprenaute dans le mobilier. Parallèlement à ses fonctions, il assume des responsabilités dans la représentation des intérêts de l’industrie allemande au niveau fédéral [ASW].

Concernant la sécurité cher Daimler Chrysler, M. Menk reste très mesuré dans ces propos. On apprend tout de même que les conflits au proche et moyen orient sont l’objet de préoccupations constantes de son groupe et que les risques d’espionnage économique sont de plus en plus marqués, notamment à cause de la redistribution des enjeux concurrentiels du secteur. Il rappelle enfin que la vigilance des administrateurs et la sensibilisation des collaborateurs à la sécurité sont essentiels pour éviter les affaires récentes de pertes de documents confidentiels survenues au Brésil, au Québec et à Londres.

Profession: Responsable de veille pour PSA au Japon

Photo de Stéphane Péan,  responsable de la veille stratégique chez PSA au Japon France Info, dans sa chronique Francais du monde, dresse cette semaine le portrait de Stéphane Péan, responsable de la cellule de veille stratégique de PSA au Japon et nous montre combien les profils de professionnels de l’intelligence économique sont variés et inattendus.

Stéphane Péan est actuellement en poste au sein du bureau de réprésentation de PSA au Japon, lui même rattaché à la Direction Relations Constructeurs & Coopérations du groupe [pilotée par Daniel Marteau]. Dans ce cadre, il est chargé de récupérer de l’info lors des salons spécialisés regroupant les professionnels de l’industrie automobile, de rédiger des rapports de veille sur la stratégie des constructeurs japonais en matière d’innovation et en particulier des technologies des transports intelligents [capteurs, vidéo-détection, communication sans fil, calcul...]. La cellule compte 5-6 personnes embauchées sous contrat local.

En terme de cursus, il a commencé par un IUT Hygiène, Sécurité & Environnement, puis enchaîné sur des formations en Aménagement et Urbanisme pour finir à l’Ecole Nationale des Ponts & Chaussées en Systèmes de transport intelligents. Ce parcours lui a permis de valider des compétences en tant que chargé de veille [AFII], chargé de cartographie [CG Essonne] et de développer un important réseau en ayant des responsabilité au sein de l’association Intelligent Transport Systems France, qui regroupe constructeurs automobiles, sociétés d’autoroutes, exploitants de transport public, représentants du transport & logistique, professionnels des TIC, collectivités territoriales et administrations centrales…

M. Péan est un exemple parlant de l’originalité des profils recherchés pour assumer des fonctions en intelligence économique. Il est certain que les candidats intéressants dans ce secteur doivent se prévaloir d’une expertise dans un domaine spécifique, d’un réseau de contacts étoffé, d’une bonne faculté d’adaptation et de la connaissance d’une ou plusieurs langues étrangères.

Gestion des risques opérationnels et de crise sur Internet

Colloque carto 2.0

Le colloque carto 2.0 dédiée à la cartographie de l’information organisé pour les 10 ans du Mastère en Intelligence Scientifique, Technique et Economique (MS.ISTE) se tenait le 3 avril à l’ESIEE. Serial Mapper a gracieusement mis l’ensemble des supports en ligne.

L’occasion de dénicher des présentations de méthodologies et de cartographies des risques intéressantes, notamment celle du cabinet Cybion et de la société Euroclear.

La présentation de Cybion retrace la méthodologie à suivre pour effectuer une évaluation des riques en entreprises [shéma probabilité d'occurence / impact, typologie et recensement des risques...] avec un focus sur les risques d’amplification sur le net [Boycottage, fraude, conflits sociaux, class action, rumeur, divulgation d'informations sensibles...].

Cybion, L’analyse des risques et l’anticipation de crises sur Internet, Mounir Rochdi

La présentation d’Euroclear, dont le métier est la compensation financière au même titre que Clearstream, fait le bilan rétrospectif de la mise en place d’un dispositif de gestion des risques opérationnels au niveau de l’entité française. La compréhension poussée des enjeux d’Euroclear n’est pas très intuitive mais le déroulement des actions menées et les cartos des risques méritent le coup d’oeil.

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Euroclear, Visulalisation des opérationnels dans l’entreprise, Jocelyne Cujard

Focus sur la protection de l’identité numérique

Peu de temps après l’affaire Fuzz vs Olivier Martinez et alors que la responsabilité juridique des acteurs du web reste en chantier, l’intérêt pour la protection de l’identité numérique témoigne de la prise de conscience des internautes et des entreprises sur leur fragilité face au Web.

Représentation de l\'identité numérique

Un article de Rue89 s’intéresse au sujet et à le mérite de mettre les choses au point, comme le rappelle Marie sur Veille 2.0. Les sociétés comme Reputation Defender n’ont pas de techniques miracles pour gérer ou stopper une crise réputationnelle, d’autant plus brutale et imprévisible que le web communautaire a étendu son influence ces derniers temps. En réalité, elles se contentent de demander aux éditeurs de supprimer le contenu diffamatoire.

Le nombre de sources et de relais d’informations a considérablement augmenté et rend incontournable la gestion de l’identité numérique pour une personne comme pour une entreprise. Outre les blogs et sites communautaires traditionnels qui sont déjà des supports d’opinion influents à surveiller, il faut également tenir compte des récentes évolutions du risque en rapport avec les usages du net:

  • Risques de rumeur supplémentaire avec les aggrégateurs éditorialisés [Bakchich info, Rue89, Mediapart, @si] qui travaillent de manière plus réactifs, remontent plus d’infos du web 2.0 et produisent un contenu souvent moins consensuel que la presse en ligne.
  • Risque de viralité accru par les aggrégateurs de blogs [Wikio, Fuzz, Digg...] et les réseaux sociaux [Facebook, MySpace...] qui peuvent transformer une info anecdotique sensée appartenir à la longue tail en un buzz d’envergure en peu de temps.
  • Risque de visibilité démuliplié par l’apparition des sites de notation [Notetontentreprise, Justacôté, Demedica] et par les passerelles de plus en plus évidentes entre le Web et les médias traditionnels [presse, tv, radio].

Les moyens de protection sont, dans ce contexte, essentiellement préventifs et passent par un travail de veille plus ou moins conséquent selon la notoriété de la personne ou de l’entreprise. Le but sera d’anticiper la génèse d’une crise par la détection de signaux faibles [émergence d'une rumeur], de connaître les moyens de défense juridique à actionner et de constituer un réseau de relais d’information pour répondre rapidement aux attaques:

  1. Veille d’opinion, pour repérer les communautés d’internautes s’exprimant sur la personne ou l’entreprise, la teneur et le contexte des conversations, les leaders d’opinion et réseaux éventuels de diffusion. La surveillance, la cartographie et l’analyse de ces conversations permettra de concevoir des axes de contre-argumentation et de baliser les zones éventuels d’apparition de crise.
  2. Veille juridique, pour suivre la jurisprudence concernant la responsabilité éditeur-hébergeur ainsi que les recours juridiques existant pour supprimer un contenu diffamatoire. Ces connaissances doivent pouvoir être mobilisées rapidement en cas de dénigrement pour éviter la propagation du contenu, d’autant plus que le déréférencement des moteurs est lent.
  3. Veille de réseau, pour repérer, contacter et dialoguer avec des sites et interlocuteurs amis susceptibles de publier rapidement un contre-argumentaire [car il est vital d'être la 1ère source d'info à commenter l'évènement]. Ce travail de veille s’inscrit aussi dans la préparation d’un référencement de crise dont j’ai déjà parlé. A ce sujet, la stratégie agressive de Hington Klarsey et sa nébuleuses de sites miroirs peut s’avérer intéressante, puisque le message sera repris de multiples fois avec les mots clés stratégiques de la crise. A confirmer lorsqu’un client de HK rencontrera une crise.

En résumé, le risque de réputation sur Internet doit être intégré dans une démarche de gestion de crise calculée et assumée par une cellule d’intelligence économique, de veille ou de communication. Ce travail préparatoire est la meilleure garantie de protection de l’identité numérique pour une entreprise.

Le Pdg de Porsche victime d’espionnage

Le patron de Porsche aurait été victime d’espionnage économique selon Der Spiegel et Focus grâce à un simple babyphone, alors que l’enteprise est en plein rachat de Volkswagen. Décryptage des enjeux…

Babyohone utilisé pour espionner le patron de Porsche

Le babyphone en question a été découvert par un service de sécurité dans un canapé, pendant que le Pdg de Porsche séjournait au Ritz-Carlton de Wolfsbourg en novembre 2007, juste avant une réunion du conseil de surveillance de VW. Mais cette affaire d’espionnage économique ne concerne pas uniquement Wendelin Wiedeking puisque qu’on apprend également que Uwe Hück [chef du CE de Porsche] et Wolfgang Bernhard [ancien membre du directoire de Volkswagen] ont été tous deux placé sur écoute téléphonique. Porsche a déposé plainte et l’enquête est en cours…

Le contexte sensible que travers actuellement Porsche nous renseigne sur les raisons supposées de ces écoutes. En effet, la Holding de Porsche détient aujourd’hui 31% de Volkswagen et prépare depuis plusieurs mois une prise de participation majoritaire, comme on peut le voir sur ce schéma [objectifs en bleu]:

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Les syndicats de Volkswagen opposent une résistance farouche à la prise de contrôle de Porsche, par l’intermédiaire du puissant IG Metall qui regroupe 90% des salariés de l’entreprise. Outre les craintes de restructuration entraînant des licenciements, la question de la représentativité au conseil de surveillance leur pose problème, puisque les représentants des deux entreprises obtiendraient le même nombre siège alors même que Porsche compte seulement 12.000 salariés contre 326.000 chez VW. Sur ce point, le conseil des prud’hommes de Stuttgart a tranché en faveur de Porsche en approuvant la structure de la holding.

Le land de Basse Saxe, présidé par Christian Wulff, détient 20,3% du capital de Volkswagen et est également réfractaire à ce rapprochement. En fait, historiquement implantée dans la Basse Saxe, les statuts de Volkswagen étaient particuliers et octroyaient aux salariés, au gouvernement ainsi qu’au Land un droit de veto sur toutes les décisions stratégiques. Cette loi dite « Volkswagen » plafonnait les droits de vote des actionnaires à 20% et empêchait ainsi toute offre de rachat hostile. Elle a été jugé contraire aux principes de libre circulation des capitaux et donc anti-concurrentielle par la Cour Européenne en octobre 2007.

Les dirigeants de Porsche, à la manoeuvre en coulisse, ont accompagné les décisions des prud’hommes et de la cour européenne pour arriver à prendre le contrôle de VW. L’enjeu est d’autant plus crucial que [1] Volkswagen compte pour 4/5 du bénéfice de Porsche Automobil Holding, [2] que le constructeur est en passe de détrôner GM en Chine et [3] que son intégration dans le groupe lui permettrait de se prémunir contre des sanctions européennes dûes à son bilan CO2.

Depuis l’assemblée générale VW du 24 avril, Porsche est autorisé à exercer un rôle majoritaire et n’a donc techniquement plus de limites dans l’exercice de sa stratégie. Mais syndicats et politiques veulent conserver leur minorité de blocage par tous les moyens et déposeront une nouvelle plainte si Porsche réhausse sa participation à 50%. Dans cette lutte de pouvoir acharnée, auraient-ils laissé leurs principes déontologiques de côté pour acquérir des informations stratégiques dans la plus grande discrétion ?

Google et la protection des données

Une info intox publiée dans The Inquirer passée relativement inaperçue, Google serait en train de lancer une cellule de veille stratégique destinée à suivre la notoriété des personnalités publiques et à lutter contre la diffusion de fausses rumeurs à leur encontre sur le net.

google veille stratégique réputation numérique

La cellule de veille, installée au siège de Google en Californie, sera dirigée par un ancien de la NSA qui animera un réseau d’une centaine de veilleurs répartis à travers les implantations mondiales de Google. Les responsables du projet ont mis à leur disposition une version customisée de Google News couplée avec un outil de tracking pour leur permettre de déterminer la véracité des informations.

Les raisons invoquées par le porte-parole interviewé dans The Inquirer me laisse perplexe. Il s’agirait de lutter contre la désinformation, de protéger l’identité numérique et la réputation des personnalités publiques pour garantir la qualité des résultats du moteur de recherche. Cette déclaration intervient peu de temps après l’affaire Fuzz vs Olivier Martinez et alors que la responsabilité juridique des acteurs du web reste en chantier dans beaucoup de pays. Google aurait-il peur de se voir tenu pour co-responsable de la propagation virtuelle de propos diffamatoires à l’encontre de Brad Pitt, Barack Obama…? Sans doute.

Les récentes collaborations de Google avec les services de renseignements américains ne sont sûrement pas étrangères à la mise en place de ce type de démarche qui relève de l’intelligence réputationnelle. En effet, les projets communs se sont multipliés ses dernières années [A-space, Intellipedia]; Google apportant son savoir faire technologique en matière de gestion de réseaux sociaux et de portails collaboratifs. Ce n’est donc pas étonnant de voir un ex-agent de la NSA à la tête de cette organisation; apportant ainsi ses compétences en matière de détection de menaces et d’organisation du renseignement. Le rapprochement de Google avec la NSA et d’autres [FBI et la CIA] en fonction d’intérêts commerciaux légitimes pose néanmoins le problème de la confidentialité des données personnelles et de la protection de la vie privée. Même si Bruxelles durcit la législation sur la conservation des données personnelles, cette proximité entre collecteurs d’infos et service d’Etat force à la prudence des entreprises [ayant des intérêts engagés aux USA] quand à l’utilisation des nombreux Google servicies.

L’article de The Inquirer ne cite pas ses sources, aucun nom et je ne parviens pas à trouver le communiqué de presse de Google dont l’auteur parle. Pas souci de validité de l’info, j’ai donc pris contact avec l’auteur et mettrai mon billet à jour s’il daigne me répondre.

[MAJ, 11 avril 08] Comme me l’a très justement fait remarquer Aref, l’info date du 1er avril, c’est donc probablement un joli poisson. En revanche, cela ne remet pas en question le principe de précaution qu’il faut avoir vis-à-vis de Google. La part d’ombre demeure quant à la possible récupération de certaines données par les services d’Etat américains.

[MAJ, 7 mai 2008] Un article de l’Expansion repris par Vtech montre que les professionnels de l’Intelligence économique en France sont également suspicieux à l’égard de Google, notamment en raison du Patriot Act qui octroie aux services de renseignement américains une grande liberté d’action sur les données stockées au USA. Prudence donc.

Les nouveaux métiers du Web 2.0

C’est à l’origine une étude de Forrester réalisée par un expert du social computing reprise par l’Atelier de BNP Paribas qui confirme l’importance grandissante des profils de collaborateurs capables de développer un tissu de relations communautaires internes et externes à l’entreprise.

social networking

2 postés clés à l’avenir:

  • Le social computing strategist est chargé de concevoir le réseau d’entreprise en fonction des orientations stratégiques prises par la direction. Ses compétences sont à mi-chemin entre le knowledge management, la veille et l’intelligence économique. Son but: Tirer partie du besoin d’interactivité et d’implication des communautés pour amener de la valeur ajoutée dans l’entreprise.
  • Le community manager est responsable de l’animation des communautés [interne et externe] de l’entreprise. Il possède une excellente culture web et tire partie de son expérience pour choisir et mettre en place les outils participatifs. Son but: organiser la remontée d’informations terrain, animer un réseau d’experts/salariés/clients/ fournisseurs en suivant les décisions prises par le social computing strategist.

Ces profils de postes ne sont pas sans rappeler certains métiers propres à l’intelligence économique comme le responsable de cellule IE et le chargé de mission IE. Ce sera donc peut être une porte d’entrée supplémentaire pour les profils IE en entreprise.

L’activité semble d’ailleurs prometteuse puisque des cabinets de recrutement spécialisés comme TalentSoft montent au créneau…

Etude sur l’emploi en intelligence économique 07-08

Curieux de connaître précisément les secteurs qui recrutent le plus en intelligence économique et les profils les plus recherchés, j’ai réalisé une étude statistique à partir des offres mises en ligne sur le blog Veille et TIC tenu par 2 demoiselles de l’IE.

intelligence économique emploi veille

Détails méthodologiques

  • J’ai considéré que le blog Veille et TIC drainait la grande majorité des offres d’emplois et de stages en IE en France, hors bouche-à-oreille pro, et que le biais statistique serait par conséquent limité.
  • La période d’analyse va de octobre 2007 à mars 2008 et s’appuie sur un total de 131 offres.

Les résultats de l’étude:

1. Le ratio Stage/emploi

emploi intelligence économique 2008
Le secteur de l’IE n’échappe pas à la règle du recours [parfois abusif] aux stagiaires pour implanter une cellule d’intelligence économique ou pour effectuer des rapports de veille concurrentielle ponctuels. Le ratio emploi/stage n’est toutefois pas énormément déséquilibré.

2. Le type de postes recherchés

emploi intelligence économique 2008

Sans surprise, l’IE est majoritairement utilisée pour observer les entreprises de son secteur, dans le cadre d’une veille concurrentielle et stratégique [23%], et pour anticiper les évolutions technologiques [18%] susceptibles de créer des opportunités ou des menaces. Les missions d’IE globales [15%] concernent en priorité les entreprises cherchant un responsable IE « touche à tout » et les demandes des organismes publics [pôles de compétitivité ou CRCI]. Les offres en Knowledge management [11%] proviennent des SSII comme Unilog et des cabinets de conseil en management qui recherchent des consultants en systèmes d’informations. En dehors de ça, la veille 2.0 [ou veille communautaire] commence à se développer car les demandes des entreprises en la matière se font plus nombreuses et plus concrètes, même si elle ne représente que 5% des offres.

3. Types d’entreprises et secteurs demandeurs d’intelligence économique

intelligence économique emploi veille

Les besoins en IE sont largement dispersés comme on peut le voir ci-dessus. Les cabinets de conseil [11%] [9%] qui sollicitent des experts en analyse du risque, sur la réglementation et l’environnement concurrentiel. Les en management ou en stratégie d’entreprise sont les 1ers demandeurs d’IE dans une optique marché, tout comme les banques, assurances et organismes de crédit [11%] qui recherchent principalement une expertise en veille technologique. On retrouve également en bonne place les grands groupes pétroliers et de l’énergie [9%] qui sollicitent des experts en analyse du risque, sur la réglementation et l’environnement concurrentiel. Les organismes publics [7%] se distinguent notamment grâce à la politique de sensibilisation régionale et locale entreprise par Alain Juillet et grâce au démarrage des pôles de compétitivité. Viennent ensuite les agences de com’ [6%] avec la veille internet et les cabinet d’IE qui ne représentent que 5% des offres, en préférant souvent leurs réseaux aux annonces publiques. A noter que les groupes pharmaceutiques [5%] sont faibles demandeurs car bénéficiant d’une certaine maturité en terme d’IE. La défense [2%] et l’aéronautique [2%] n’effectuent que très peu de recrutements civils en raison de la sensibilité du secteur et de la spécificité des profils recherchés.

Voilà. J’espère que cette étude vous permettra d’avoir une vision plus précise des disciplines et secteurs propres à l’intelligence économique et que ce travail vous apportera une analyse complémentaire à celle de Troover. N’hésitez pas à me solliciter si besoin et merci encore à Veille et TIC pour sa contribution à la blogosphère IE.

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Lettre d’information VigIE, février 2008

La lettre VigIE de février 2008 a été postée sur le portail de l’Icomtec de Poitiers et propose un dossier spécial sur « L’intelligence marketing : nouveau concept à la mode ou réelle démarche ? ». Impressions…

VigIE-Icomtec-Poitiers

D’une manière générale, la VigIE est un papier de bonne qualité avec des analyses de tendances, interviews et autres dossiers souvent intéressants que je prends plaisir à lire, d’autant plus qu’elle est rédigée par des étudiants.

Le dossier sur l’intelligence marketing, signé Mathilde Danquechin Dorval, permet de réviser rapidement le contexte actuel d’exercice du marketing, notamment les évolutions technologiques [Web 2.0] et sociétales [Advocacy]. A lire.

Réponses perso aux questions soulevées:

  • L’intelligence marketing n’est pas un effet de mode ou un « opportunisme sémantique », mais bien une notion concrète appliquée par des agences et départements marketing qui ont fait le constat de l’intelligence des foules et de la nécessité de mettre en place des outils de surveillance et des méthodes d’action à la mesure des changements induits par le web.
  • Entre veille et intelligence marketing, je pense qu’il n’y a qu’un pas, dès lors que l’on arrive à tirer profit du travail de veille en engageant une réflexion interne à l’entreprise [stratégie marketing, segmentation de produit...] et en influencant ses publics cibles à l’aide de nouvelles méthodes [buzzmarketing, social networking, com' d'influence en ligne...].
  • En ce qui concerne l’analyse du « buzz digital », le recours aux logiciels de veille est une composante indispensable de ce travail car il automatise la collecte d’informations, mais il ne peut en aucun cas se soustraire à l’intelligence humaine: L’extraction de concepts, les liens supposés entre personnes-organisations et la volumétrie ne sont que des outils au service de la compréhension. Par exemple, la notion d »influence » sur internet fait débat en ce moment, précisément parce qu’elle résulte de la confrontation de paramètres plus ou moins objectifs qui requiert l’intelligence humaine.
  • A propos de la « surveillance de la satisfaction client », il y a une nette distinction à faire entre l’utilisation de questionnaire et la veille, puisqu’un questionnnaire est par essence orienté. L’intérêt de la veille communautaire et de pouvoir observer sans influencer, et les enseignements marketing n’en sont que plus valorisables.

Ce qui est sûr, c’est que les marchés sont désormais des conversations.

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