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Le DirCom de la Société Générale chez Communication Sensible

Je reviens sur la communication de crise de la Société Générale déjà abordée dans un précédent billet au moment de l’affaire Kerviel car le magazine Communication de Crise & Sensible animé par Didier Heiderich propose une interview intéressante sur le sujet de Denis Marquet, un des membres de la cellule de crise et aujourd’hui DirCom du groupe.

Au cours de cet entretien, M.Marquet aborde les forces et les faiblesses des décisions prises par la cellule de crise :

« Les points faibles portent sur une insuffisante prise en considération du média Internet et nous aurions dû couper court aux rumeurs qui s’amplifiaient et qui présentaient Jérôme Kerviel comme une sorte de Robin de Bois avec ses comités de soutien. » « j’ai découvert l’importance de ce que je considère comme le meilleur rempart, à savoir la réaction des salariés. »

    Il est clair que les salariés ont été la cible privilégiée des actions de com’ de crise, avec notamment le « chat » en direct de Daniel Bouton avec 38 000 salariés connectés à l’intranet du groupe, le 29 janvier, alors que la crise médiatique atteignait des sommets [1000 articles de presse par jour]. Cette stratégie a indéniablement été payante car elle a permis de mobiliser les salariés derrière l’entreprise (Manifestation de 1000 personnes au Siège à la Défense) et qu’elle a eu des retombées indirectes positives sur l’opinion publique. En revanche, l’importance des média sociaux dans la crise a été sous-estimée par la cellule alors que l’on a vu des groupes de soutien à Jérôme Kerviel sur Facebook [Lire à propos de FB le billet de Camille ], des vidéos parodiques reprises ensuite par les média traditionnels et des débats sur de nombreuses plateformes sociales. La Société Générale aurait eu toute légitimité à faire entendre son discours sur Internet avec les outils qu’on connaît [Blog de crise, Twitter, Youtube...] mais aussi à donner plus d’importance à la veille d’opinion car c’est un outil particulièrement efficace pour comprendre les ressorts émotionnels d’une crise. Sur ce point, la direction fait désormais appel à l’Institut LH2, qui utilise une solution de veille développée par AMI Software, pour surveiller la blogosphère qu’elle considère aujourd’hui comme une « sphère d’influence non négligeable« . 

    Un an après la révélation du scandale financier, la Société Générale reste fragilisée pour la plupart des analystes et sociétés de gestion de portefeuille qui considèrent que l’action restera largement sous-valorisée tant que le dossier Kerviel ne sera pas clôt. En dehors du procès qui va faire ressurgir  l’affaire dans l’espace public, une action en nom collectif – class action – a été déposé par un cabinet spécialisé à New York, invoquant une absence de contrôle interne et un défaut de communication sur l’exposition de la banque aux subprimes. Dans ce contexte houleux, la communication de crise s’avère une arme défensive centrale pour minimiser l’impact du risques juridiques, pour soutenir la valorisation boursière et prévenir les risques d’une OPA agressive sur le groupe.

    [2] Interview I&S – L’agence Image & Stratégie et le fonctionnement du pôle e-stratégies

    • Pouvez-vous m’expliquer de façon concrète les domaines de compétences et le profil de société de Image & Stratégie ?

    Image & Stratégie Europe

    Edouard Fillias

    Edouard : Image & Stratégie est une agence conseil corporate fondée par Thierry Saussez, grand publicitaire et communiquant politique, et reprise par Bruno Fuchs, ancien redac’chef de TF1. L’agence est une spécialiste de la com à 360°, conjuguant autour de strat’ de com conçue très en amont du besoin d’image de nos clients les outils évènementiels, pub, relations publiques et … web. Image a voulu, comme beaucoup d’agences indépendantes, se doter sous l’impulsion de Thierry Saussez d’un département Internet. J’ai pris la direction de ce département fin 2007, a qui il a donné une coloration « E-Reputation » très forte, dès l’origine. Alexandre a très rapidement rejoint l’équipe du département, qui compte désormais 6 collaborateurs aux compétences variées structurées autour de 4 métiers :

    1. Audits d’image web, veille stratégique et analyse (search)
    2. Référencement stratégique, smo, seo pour les contenus « stratégiques »
    3. Relations publiques web (RP sites / blogueurs + animation de communautés)
    4. Création de médias (webtv, webradio, etc.) et de sites communautaires pour nos clients, afin de « mieux dialoguer » avec leurs publics relais.

    Ces quatre thèmes sont évidemment coordonnés par un souci permanent de conseil ciblé, de conception des « bons arguments » et de planification stratégique.

    Alexandre Villeneuve

    Alexandre : Je pense qu’Edouard, a bien résumé les prestations d’I&S, je vais seulement ajouter que ces prestations d’e-réputation ne se font pas faite à la chaîne. Si nous avons évidemment des procédures, nous comprenons que les marques ont toutes une culture, une image et des besoins particuliers. Il parait dès lors évidents qu’il faut s’adapter au client et non l’inverse.

    ———

    • Quelle est l’approche de I&S en matière de protection de la réputation sur Internet ?

    Edouard Fillias

    Edouard : Notre approche est 100 % qualitative. Nous ne croyons absolument pas aux marteaux sur le web, aux antipodes du site reputation defender, mais seulement au « soft power ». Autrement dit, nous travaillons beaucoup les arguments pour nos clients, afin de les rendre intelligible à la communauté, trouver le bon ton pour une tribune, pour une vidéo : aux antipodes du lipdub viral de mauvais goût, nous préférons imaginer un contenu pertinent, informé et surtout posté au bon moment pour convaincre et améliorer une rep.online, qu’il s’agisse d’un dirigeant, d’une marque, d’une institution. Nous voulons donc éviter les opérations de « blitzkrieg » online, pour leur préférer des mouvements progressifs, sur la durée, afin de corriger par « petites touches », une image.

    Nous ne croyons pas au déréférencement par des voies légales ou par la noyade sous des contenus institutionnels : nous pensons au contraire que les bons contenus, étayés, éclairant le débat, ont tendance à naturellement remonter la pente (à condition d’avoir bien pensé leur référencement…). Ces réflexions valent pour nos tribunes, nos vidéos, nos posts sur les forums, nos créations de blogs, de sites, etc. In fine, nous voulons convaincre, apporter de l’eau fraîche à des débats qui souvent tournent en rond sur le web. Finalement, nous sommes utiles non seulement au client mais à la communauté !

    Alexandre Villeneuve

    Alexandre : La protection de la réputation, ce n’est pas attaquer des sites/blogs pour telle ou telle information erronée. Le web est un nid à rumeur, et ces rumeurs fonctionnent comme les bactéries, plus on essaye de la détruire avec des antibiotiques et plus elles se renforcent en mutant, et toujours plus rapidement que les sociétés pharmaceutiques sont capables d’innover. L’utilisation de la justice sur le web est dans la plupart des cas totalement contreproductive, j’aurai même envie de dire « La justice sur le web ce n’est pas automatique ».
    L’exemple typique c’est l’affaire Fuzz, pourquoi l’acteur méconnu Olivier Martinez a-t-il poursuivi Éric Dupin de Presse-Citron pour un lien de digg-like vers un article légèrement répréhensible concernant sa vie privée ? Cet acteur pouvait-il espérer gagner plus que ce qu’il a finalement gagné (2500€) ? L’espérer me parait tellement incroyable, je ne comprends pas non plus comment ses avocats n’ont pas vu le piège. Ainsi, cet acteur a connu un retour de bâton exemplaire, pour tenter de faire taire une information dont personne n’avait eu vent et n’avait cure.
    La réputation, c’est comme la santé, il vaut mieux prévenir que guérir, il faut faire du sport (communiquer), manger équilibré (éviter les dissonances d’image) et ne pas chercher à taire son rhume avec le premier « remède de cheval » venu…

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    • Êtes-vous équipés d’une solution de veille ? Si oui, quel usage en faites vous ?

    Edouard Fillias

    Édouard : Nous sommes effectivement en partenariat avec la société DIGIMIND, que nous utilisons en back office en cas de crise. Mais en front office, nous avons développé notre propre plateforme de veille, conçue au plus près des attentes de nos clients, des communicants avant tout qui veulent de l’info pour agir et non pas juste pour avoir de l’info.

    Alexandre Villeneuve

    Alexandre : L’usage de la veille est évidemment de savoir qui dit quoi-quand-où ? La veille est primordiale, notamment pour sentir les tendances émergentes. Cependant, nous préférons cantonner les outils de veille à la recherche. La qualification d’une donnée proposée par certains nouveaux outils nous semble à la fois peu fiable, mais finalement aussi peu utilisable, sans le filtre d’un consultant au courant des problématiques de l’entreprise.

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    • Avez-vous un cas client en tête pour illustrer votre démarche ? Sinon, quel type d’entreprise ou de personnalité se tourne vers vous d’une manière générale ?

    Edouard Fillias

    Édouard : Nous ne pouvons pas parler de nos clients ni restituer de business case. En revanche, nous pouvons vous dire qui vient nous voir :

    1. des sociétés / institutions / personnalités dont la « marque personnelle » est un enjeu important et qui, pour une raison ou pour une autre, sont exposées dans le débat public. A minima elles souhaitent se protéger de bad buzz, et souvent, réagir à une situation qui s’est déjà détériorée. Nous les accompagnons en ce sens.
    2. le dircom nous explique qu’il a créé un site, qu’il a acheté des adwords et optimisé son référencement : rien à faire pourtant, on ne parle pas de sa marque sur le web. Nous intervenons alors en développement de visibilité. Nous tentons de lancer des ponts entre les préoccupations des internautes, leur sujet, et l’organisation, afin de la rendre visible et d’améliorer son taux de notoriété.

    Notre méthode, dans les deux cas de figure : investir les mots clefs Google et des « carrefours d’audience » (Wikipédia, Youtube, Flick’r, réseaux sociaux, etc.). Notre boulot est de s’assurer que nos clients ont leur point de vue cité (intelligemment, et toujours basé sur des faits – c’est là notre limite éthique), quand on tape leur nom / le nom de leurs dirigeants / leurs grands sujets sur le web.

    Alexandre Villeneuve

    Alexandre : Je confirme le discours d’Edouard, il faut une démarche intelligente :)

    Greenpeace riposte contre le buzz du Renault Koleos

    Je parlais au début du mois du lancement du 4×4 Koleos de Renault, dont le volet web intégrait une opération intéressante de communication communautaire et d’influence, tout en pointant du doigt les menaces de badbuzz liées à quelques signaux annonciateurs. Et voilà que Greenpeace France lance une campagne de déstabilisation…

    Photos de campagnes de Greenpeace sur FlickR

    2 jours seulement après le lancement officiel du Koleos, Greenpeace s’est lancée dans une opération de déstabilisation des concessions à travers la France en mobilisant ses factions locales. Pancartes, banderoles, slogans, balons, mégaphones…le tout pour faire monter la pression médiatique sur Renault avec humour et dérision pour accrocher les journalistes. Le résultat est sans appel: la journée de mobilisation a été commentée sur France 2 au JT de 20h, sur BFM TV, sur France Inter, sur France Info… et des parutions dans Libé, Sud Ouest, Le Télégramme ou encore la République du Centre.

    Sur le net, on retrouve évidemment photos et vidéos de la campagne diffusées sur le blog officiel. Mais Greenpeace a également créé un blog spécifiquement dédié au SUV de Renault: Koleos.tv. Intéressant au niveau du référencement puisqu’il associe [1] un joli nom de domaine, [2] une reprise systématique d’articles de presse mettant en avant les incohérences dans la stratégie de Renault [Figaro , Libération...], [3] un début de net-linking avec les partenaires du blog [Agir pour l'environnement, Anti-4x4.net, Réseau action Climat, Greenpeace France], et [4] un article de Wikipédia qui relate l’action de Greenpeace et qui pointe vers le blog. L’opération commence d’ailleurs à trouver échos sur la blogosphère.

    …………….

    [MAJ, 26 juin 2008] Suite à un échange avec Simon, du très bon blog La protection des marques sur Internet, j’ajoute quelques informations sur le référencement et le domaine le blog Koleos.tv, qui apparaît désormais à la 11e place sur Google FR et 10e place sur Yahoo FR pour la recherche “koleos”. Le « .tv » est l’extension locale de l’archipel de Tuvalu mais a depuis sa création été markété comme l’extension pour les sites aux contenus média. Greenpeace a choisi cette extension pour des raisons de disponibilité [les extensions pertinentes .fr, .com, .net ont déjà été prises par les cybersquatteurs!!]. D’un point de vue juridique et dans le cas où Renault voudrait poursuivre Greenpeace, l’extension d’un nom de domaine n’a pas d’importance pour le choix de la juridiction. On regarde surtout le publique qui est visé par le site en question pour déterminer la compétence du juge français. De plus, il faut savoir qu’il est possible de mettre en place une procédure arbitrale de type UDRP pour la récupération des .tv.

    L’ensemble de ce dispositif a permis à Anne Valette, chargé de campagne climat auprès de Greenpeace, de marteler quelques arguments clés pour ensuite élargir le débat sur la refonte de la réglementation européenne :

    • Renault commercialise une véritable « arme de destruction massive » du climat
    • Incohérence totale entre la commercialisation du Koleos et la communication autour du label Eco2
    • Véhicule gourmand [7,2 à 9,9 litres/100 km] +émission de 209 g de CO2/km = malus de 750 à 1 600 €
    • Lobbying intense de l’industrie automobile française et allemande pour minimiser la limitation des émissions de CO2 et passer de 120 à 138 g CO2/km d’ici à 2012.

    Greenpeace montre ici sa capacité à intégrer son action dans le calendrier parlementaire tout en exploitant les ressorts viraux du web. Dans ce contexte, l’association va certainement intensifier sa mobilisation jusqu’au vote du texte européen, ce qui augmente le risque de réputation pour l’ensemble des constructeurs européens présents sur les segments les plus polluants. Etonnant donc que Renault se lance sur un marché sensible en terme d’image et en proie au travail de la Commission Européenne, qui ne représente que 4.4% du volume des ventes de véhicules en France et qui s’essoufle en raison du système de malus écologique et de la hausse du prix du pétrole.

    Skyblog et la gestion du risque social

    Alors que Pierre Bellanger, PDG de Skyblog, cherche en ce moment un partenaire ou un acquéreur pour sa plateforme communautaire destinée aux adolescents, dans quel contexte et comment les équipes de Skyblog assurent-elle la surveillance de ses membres et la préservation de son modèle ?

    Skyblog et Pierre Bellanger

    Le contexte politique et social actuel place les jeunes au coeur des préoccupations institutionnelles en matière de protection des mineurs et des données personnels. L’UE, La CNIL, le secteur associatif , les députés et maintenant le gouvernement souhaitent mettre en place des mesures préventives et multiplient des campagnes d’information pour alerter les jeunes face aux dangers du Web contributif [blogs, réseaux sociaux, forums].

    Skyblog, en tant que 1ère plateforme communautaire d’europe, a beaucoup à craindre de cette tendance au contrôle et à la régulation car plusieurs affaires graves pointent du doigt ses responsabilités indirectes dans l’errance des jeunes sur le net. D’abord, l’organisation de certaines émeutiers de Clichy au cours des violences urbaines de 2005 dont les Skyblogs ont été surveillés par les renseignements généraux. Ensuite, le suicide de deux jeunes adolescentes qui entretenaient une correspondance morbide sur leur skyblog.

    En fait, le web est devenu le lieu d’expression du désespoir et du mécontentement d’un nombre croissant d’adolescents. Ils ont rapidement été séduit par Skyblog pour sa simplicité d’utilisation et ses fonctionnalités communautaires, qui font de ce site une terre d’accueil virtuelle de nombreuses dérives: pro-anorexie, racisme anti-blanc et anti-noir, tendances suicidaires, xénophobie, homophobie, appel à la violence, escorting…sont autant de facteurs de risque de réputation pour cette plateforme dont le fragile business model repose intégralement sur la publicité [15 millions d'euros de CA en 2007]. Dans ce contexte on a vu, par exemple, la communauté chrétienne monter au créneau et accuser Skyblog d’incitation à la violence.

    Ceci étant, Skyblog est aussi un lieu foisonnant de créativité et de viralité qui a vu naître la Tecktonick bien avant les médias et qui offre un espace de liberté exceptionnel dans certains pays où la censure sévit. Son succès n’est d’ailleurs plus à prouver: 15,8 millions de blogs actifs, 4 millions de visiteurs/jour, 1er site français des 15-24 ans en nb de pages vues et une position dominante dans la plupart des territoires francophones [France, Belgique, Canada, Suisse, Afrique]. Cet engouement planétaire tranche avec la mauvaise réputation de Skyblog auprès des blogeurs influents et autres observateurs du web communautaire qui considèrent généralement cette plateforme comme le symbole de la dégénéresence neuronale des jeunes générations [je m'inclus dans ce courant de pensée]. Ce mépris latent à l’égard de Skyblog se matérialise parfois par des billets inquisiteurs et révèle une autre fragilité réputationnelle.

    Dans ce contexte tendu et pour gérer ce risque social permanent, Pierre Bellanger a mis en place un important dispositif de filtrage du contenu, de surveillance collective et assistance à personne online :

    • Une équipe de 30 modérateurs, qui travaille avec un système de filtrage par mots clés et visionne quotidiennement le 1 000 000 de photos mises en ligne, dont 32 000 sont censurées. La limite de ce filtrage provient du caractère plus ou moins explicite des dérives sur les skyblogs. Par exemple, la communauté des anorexiques utilise souvent « ana » pour désigner son mode alimentaire. Or, ce mot se retrouve dans un grand nombre d’expressions et rend le travail de repérage difficile.
    • Un outil de reporting de contenu indésirable nommé Cybercop, permettant aux skybloggeurs d’alerter les modérateurs directement depuis un skyblog grâce à une petite icône. Ce système de surveillance collective fonctionne apparemment bien. Le problème vient principalement du manque de réactivité de l’équipe de modération qui est très critiquée sur certains forums. Il faut dire que le rythme de croissance des skyblogs est très élevé: 30 000 nouveaux skyblog pour 10 000 supprimés chaque jour.
    • Une cellule d’assitance psychologique en lien avec un réseau d’associations partenaires comme Fil Santé Jeunes et animé par Michael Stora, psychologue clinicien identifié par les médias comme expert sur les questions d’adolescence et de médias sociaux. Au titre de consultant, Michael Stora serre évidemment à désamorcer de manière indirecte les polémiques autour de Skyblog dans les médias et à déresponsabiliser la technologie face aux troubles de l’adolescence qui prennent racine sur la plateforme.

    Ce système de gouvernance du risque social, même si il est imparfait, permet aux responsables de Skyblog d’avoir une gestion quotidienne et anticipative des crises dans un environnement en constante effervescence. On peut penser que cette organisation est efficace dans la mesure où Skyblog est passé au travers de nombreuses polémiques (skybloggeurs émeutiers, suicide collectif…) qui auraient pu compromettre son développement. Ce système de vigilance sera, à mon avis, capital dans les semaines et les mois à venir car l’annonce officielle d’une recherche de partenaire pourrait provoquer des tentatives de déstabilisation destinées à racheter ce « bijou communautaire » en dessous des 300 millions d’euros…

    Etude sur les dynamiques d’influence sur le Web

    Le cabinet d’étude franco-suisse Risc International publie un white paper (mai 2008) à propos des dynamiques d’influence sur le Web en s’appuyant sur les internautes francais, chinois et américains.

    Logo risc internationalLe panel de l’étude, regroupe un échantillon de jeunes internautes de moins de 30 ans [entre 23 et 32% des sondés].

    Profiling des ‘influenceurs’

    Aux USA et en France, les créateurs de contenu et les contributeurs représentent 10 à 12 % des internautes, qui constituent selon l’étude le « noyau dur des activistes » du net :[producteur = influenceur]

    Ces activistes ont plutôt des opinions tranchées sur les sujets d’actualité dont ils débattent sur le net. Ils sont pourvoyeurs d’informations au sein de leur communauté et conscients du rôle qu’ils s’attribuent. Non-conformistes, ils cherchent à se distinguer de la masse et se considèrent comme des leaders d’opinion.

    Internet est pour eux la 1ère source d’informations sur les entreprises et les produits. Dans leurs recherches, ce sont les informations provenant du réseau qui ont le plus de crédibilité, plus que celles qui émanent d’une source institutionnelle. Les contributeurs les plus actifs [français et américains] font peu confiance au discours des marques et se placent dans une posture de surveillance à leur égard grâce au web.

    ** Ce constat renvoie à l’étude TNS sur le web 2.0 publiée sur ce blog [ 44% des internautes affirment qu’ils « aiment utiliser Internet pour peser sur le comportement des entreprises, Février 2008 ] qui mettait également en lumière la volonté des jeunes générations de contrebalancer les rapports de force client-entreprise. C’est une des composantes du risque d’opinion sur Internet. **

    Conséquences pour les marques

    Ces influenceurs sont relativement clairvoyants par rapport aux tentatives de manipulation [Flogs, astroturfing...], qui sont donc à proscrire définitivement. En revanche, ils souhaitent être davantage intégrés dans la démarche d’innovation [User generated content] et, d’une manière générale, attendent des marques qu’elles prennent la parole sur le web contributif en toute transparence. Conclusion de l’étude:

    Les marques ont tout à gagner et autant à redouter de ces influenceurs d’abord en ce qu’ils ne représentent qu’eux-mêmes, ensuite parce que leur pouvoir de nuisance est largement supérieur à leurs éventuelles contributions positives. Il convient donc de les écouter en ce qu’ils sont précurseurs et amplificateurs de tendances.

    ** Malgré le flou de ce livre blanc sur la notion d’influence et sur le détail des chiffres, je la rejoins concernant le pouvoir de nuissance de ces influenceurs. Il est sûr que l’ambassadeur d’une marque sur Internet est en général nettement moins pro-actif et visible qu’un boycotteur en puissance. Le risque de réputation est donc plus important que l’opportunité d’influence, à mon avis. **

    Le white paper en pdf, Dynamique d’influence sur le web – Mai 2008

    A propos de la com’ de crise de la Société Générale

    Conversation

    Exemplaire, le cas l’est également pour sa rapidité. 24 heures entre la première « vague médiatique », TV, radio, journaux dévoilant « l’affaire » et la prise de parole en interne. Or, les spécialistes savent bien qu’une des premières vertus d’une communication de crise est de faire vite. De prendre la parole avant que les rumeurs ne la préemptent, de tenir le terrain, ne serait-ce que pour tenter de protéger le « contrat psychologique » entre le salarié et l’entreprise. L’objectif est alors moins de convaincre, que de faire en sorte que l’entreprise continue d’être reconnue comme une interlocutrice crédible et fiable

    Edouard Rencker [PDG de Sequoia], le 20 avril 2008, décrypte le cas SocGen sur le vide poches

    La communication de crise de la Société Générale dans l’affaire Kerviel

    3 mois après la tornade médiatique qui a soufflé la Société Générale, Jérôme Kerviel à retrouvé un poste en sécurité informatique et le groupe semble sortir de la crise, après une recapitalisation de 5.5 milliards d’euros. Retour sur la communication de crise de la Société Générale orchestrée par Hughes le Bret.

    Societe Generale

    • Dimanche 20 janvier : Daniel Bouton apprend les manipulations de Jérôme Kerviel. Dans l’après midi, on lui annonce le montant des positions engagées par le rogue trader: 50 milliards d’euros. A partir de ce moment et pendant 4 jours, le Pdg réuni une petite équipe pour déboucler progressivement les positions sans trop influencer un marché déjà dépressif à cause des subprimes. Seules les autorités de tutelle (AMF, Banque de France et BCE) sont informées de la crise pour éviter toute fuite.
    • Mercredi 23 janvier: Hughes le Bret, le Dircom, entre en piste et forme une cellule de communication de crise composée de cadres du groupe et de consultants expérieurs, dont Jean de Belot [Aria Partners], Yves Messarovitch, Thibault Leclerc [Image 7] et Jean claude Boulet [Harrison&Wolf]. Ils mobilisent en interne les équipes de com’ [3 hub multimédia, 4 pôle de 400 personnes worldwide] pour préparer les relais de crise.
    • Jeudi 24 janvier: La fraude est rendue publique. La cellule de com’ de crise déploie alors rapidement tout l’éventail des supports de crise: un Q&A [Liste des questions&réponses de l'affaire] diffusé aux 800 managers, un communiqué pour les salariés via l’intranet, un call-center pour faire face aux sollicitations du grand public et des clients. Parallèlement à ce dispositif, les directeurs de cabinets de l’Elysée, Matignon et du Ministère de l’Economie et des Finances sont contactés et informés. Ce parti pris d’opacité vis-à-vis du gouvernement pour éviter toute fuite entre le 20 et le 24 janvier sera reproché à Daniel Bouton par Christine Lagarde et Francois Fillon, et pourrait expliquer les exigences du rapport Lagarde et les propos tenus par N.Sarkozy sur l’affaire.
    • Lundi 28 janvier: Journée décisive dans l’émulation de l’opinion. Jérôme Kerviel est mis en examen pour “abus de confiance”, une plainte est déposée par une centaine d’actionnaires contre Robert A. Day [Administrateur de la SocGen] qui a vendu 85,5 M d’euros en action de la banque le 9 janvier et N. Sarkozy invite Daniel Bouton à prendre la pleine mesure de ses responsabilités. L’opinion publique et journalistique se retournent alors contre la direction du groupe, qui a sans doute adopté une posture de victime prématurément. Les soupçons d’un éventuel assentiment de la part des supérieurs hiérarchiques du trader enflent.
    • Mardi 29 janvier: le pic médiatique de la crise est atteint. Autour de cette date, on dénombre 2000 articles de presse quotidiens. Pendant cette période, Hughes le Bret dirige le travail de la cellule au rythme des médias [7h-9h: écoute des radios et revue de presse, 15h: communication à la presse écrite, 18h: Seconde revue de presse, 20h: Debriefing de crise] tout en respectant un turnover des équipés nécessaire à la clairvoyance des prises de décision.
    • Mercredi 30 janvier: Une manifestation est organisée par une centaine de salarié devant le siège à la Défense. Daniel Bouton est interviewé par David Pujadas au JT de France 2, alors que le conseil d’administration a avalisé le maintien de ses fonctions. Cette intervention sera l’occasion pour lui de réaffirmer la stabilité du groupe, de parler révision des procédures de contrôle et de jeter indirectement le discrédit sur Kerviel.
    • Jeudi 31 janvier: BNP Paribas déclare réfléchir à une éventuelle OPA sur la SocGén, déjà tentée en 1999. Le Crédit Agricole se montre également intéressé par un rachat, ce qui ravive la polémique sur le patriotisme économique, le rôle de l’Etat dans le capitalisme financier et la légitimité des banques à se positionner sur le marché des produits dérivés. Les experts économiques et financiers multiplient les analyses de fond dans la presse et sur le web.
    • Mardi 5 février: Christophe Reille, Spin doctor de Jérôme Kerviel, organise une séance photo avec des journalistes de l’AFP destinée à contrebalancer l’opinion publique en montrant Kerviel sous son vrai visage. L’opération est réussie et renforce le sentiment de manipulation. Sur le web, les vidéos parodiques foisonnent et des communautés pro-kerviel se constituent sur Facebook sans que la cellule de crise ne prenne de dispositions online particulières en dehors de la veille d’opinion.
    • Jeudi 17 avril: Frédéric Oudéa, fidèle collaborateur de Daniel Bouton, est nommé directeur général de la banque après avoir occupé la direction financière depuis 2003. Daniel Bouton est ainsi relégué au rang de Président non-exécutif, ce qui lui permet de quitter la direction opérationnelle du groupe sans heurt et sans perdre trop de pouvoir.
    • Jeudi 24 avril: Les têtes tombent et les mouvements internes se multiplient. Deux directeurs et deux directeurs adjoints recomposent l’équipe de marché des capitaux. Ces remaniements vont dans le sens de la nomination de Frédéric Oudéa et marquent la volonté du groupe de tourner définitivement la page Kerviel en réorganisant la banque d’investissement de la Société Générale.

    Au regard de la buzztrend, du déroulement de la crise et des récents baromètre d’opinion qui placent la Société Générale en 4ème position devant BNP Paribas et parmi 27 autres banques, on peut dire que la gestion de crise menée par Daniel Bouton et ses proches collaborateurs a été efficace. Sur un autre plan, la cellule de communication de crise a permis d’amortir considérablement le choc médiatique et de préserver au maximum la réputation du groupe.

    Buzz trend de la crise de la société générale sur les blogs

    Ceci étant, on apprenait le 22 avril que des contrôleurs de marché de la bourse allemande ont alerté plusieurs fois le service compliance en 2007 concernant le volume des engagements pris par J.Kerviel, sans qu’aucune mesure de contrôle interne n’ai été engagé. Autant dire que la com’ de crise de la SocGen aura encore quelques départs de feu à gérer d’ici la fin de l’instruction…

    Unilever réagit face aux attaques de Greenpeace

    Après avoir subi les foudres virales de Greenpeace dans un film très réussi et largement diffusé sur la blogosphère, Unilever tente de se dédouanner de sa responsabilité dans la déforestation en Indonésie et réalise une belle opération de com’ de crise.

    Campagne virale de Greenpeace contre Dove (Unilever)

    Greenpeace a lancé autour du 2 avril une vidéo virale sur le modèle de la célèbre pub évolution de Dove, en dénoncant l’industrie cosmétique qui utilise abondamment les huiles de palme, dont l’extraction contribue largement à détruire les forêts indonnésiennes.

    Patrick Cescau, Président du groupe Unilever, a fait preuve de beaucoup d’intelligence et de réactivité face à cette attaque frontale en déclarant quelques jours plus tard qu’Unilever s’engagait à:

    • Utiliser de l’huile de palme durable d’ici au 2ème semestre 2008. Je suppose que par « durable », on entend des plantations respectueuses des forêts primaires.
    • Accompagner la chaîne logistique du groupe [fournisseurs et producteurs] pour organiser une filière d’approvisionnement éco-responsable d’ici à 2015.
    • Soutenir Greenpeace dans sa demande de moratoire sur de nouvelles plantations de palmiers.

    La réaction d’Unilever est exemplaire en terme de gestion et de communication de crise. D’abord parce que le groupe a mis moins de 2 semaine à réagir. Ensuite, parce que la réponse apportée est construite sur 3 axes parfaitement logiques:

    • un objectif à moyen terme [réorganisation de la filière d'approvisionnement, 2015] qui atteste de la réflexion du groupe sur son impact environnemental et sur sa volonté de réforme en profondeur.
    • un objectif à court terme [utilisation d'huiles durables, 2008] pour démonter que le groupe réagit dans l’instant.
    • un rapprochement avec l’énemi [Greenpeace en l'occurence] qui prouve que l’entreprise rejoint les objectifs des organisations environnementales et se soucie du bien planétaire en dehors de son business.

    Cette stratégie contre-offensive, presque disproportionnée par rapport à l’attaque initiale de Greenpeace, me laisse penser que la gestion de ce conflit latente avait été préparé bien en amont de l’éclatement médiatique. En réalité, les dirigeants d’Unilever ont probablement:

    • trouvé une alternative économiquement viable et écologiquement crédible dans un 1er temps,
    • exploité les irrégularités de la filière jusqu’à ce que le niveau d’acceptabilité de l’opinion soit dépassé ,
    • et ont fini par céder sous la pression de Greenpeace en temps voulu.

    On observe aussi que le web 2.0 a joué un rôle catalyseur dans l’émergence de cette crise de réputation. Greenpeace a bien compris les ressorts viraux qu’il offre. D’autres campagnes le montre comme celle dirigée contre les constructeurs automobiles.

    Source: Infopresse et Greenpeace

    Focus sur la protection de l’identité numérique

    Peu de temps après l’affaire Fuzz vs Olivier Martinez et alors que la responsabilité juridique des acteurs du web reste en chantier, l’intérêt pour la protection de l’identité numérique témoigne de la prise de conscience des internautes et des entreprises sur leur fragilité face au Web.

    Représentation de l\'identité numérique

    Un article de Rue89 s’intéresse au sujet et à le mérite de mettre les choses au point, comme le rappelle Marie sur Veille 2.0. Les sociétés comme Reputation Defender n’ont pas de techniques miracles pour gérer ou stopper une crise réputationnelle, d’autant plus brutale et imprévisible que le web communautaire a étendu son influence ces derniers temps. En réalité, elles se contentent de demander aux éditeurs de supprimer le contenu diffamatoire.

    Le nombre de sources et de relais d’informations a considérablement augmenté et rend incontournable la gestion de l’identité numérique pour une personne comme pour une entreprise. Outre les blogs et sites communautaires traditionnels qui sont déjà des supports d’opinion influents à surveiller, il faut également tenir compte des récentes évolutions du risque en rapport avec les usages du net:

    • Risques de rumeur supplémentaire avec les aggrégateurs éditorialisés [Bakchich info, Rue89, Mediapart, @si] qui travaillent de manière plus réactifs, remontent plus d’infos du web 2.0 et produisent un contenu souvent moins consensuel que la presse en ligne.
    • Risque de viralité accru par les aggrégateurs de blogs [Wikio, Fuzz, Digg...] et les réseaux sociaux [Facebook, MySpace...] qui peuvent transformer une info anecdotique sensée appartenir à la longue tail en un buzz d’envergure en peu de temps.
    • Risque de visibilité démuliplié par l’apparition des sites de notation [Notetontentreprise, Justacôté, Demedica] et par les passerelles de plus en plus évidentes entre le Web et les médias traditionnels [presse, tv, radio].

    Les moyens de protection sont, dans ce contexte, essentiellement préventifs et passent par un travail de veille plus ou moins conséquent selon la notoriété de la personne ou de l’entreprise. Le but sera d’anticiper la génèse d’une crise par la détection de signaux faibles [émergence d'une rumeur], de connaître les moyens de défense juridique à actionner et de constituer un réseau de relais d’information pour répondre rapidement aux attaques:

    1. Veille d’opinion, pour repérer les communautés d’internautes s’exprimant sur la personne ou l’entreprise, la teneur et le contexte des conversations, les leaders d’opinion et réseaux éventuels de diffusion. La surveillance, la cartographie et l’analyse de ces conversations permettra de concevoir des axes de contre-argumentation et de baliser les zones éventuels d’apparition de crise.
    2. Veille juridique, pour suivre la jurisprudence concernant la responsabilité éditeur-hébergeur ainsi que les recours juridiques existant pour supprimer un contenu diffamatoire. Ces connaissances doivent pouvoir être mobilisées rapidement en cas de dénigrement pour éviter la propagation du contenu, d’autant plus que le déréférencement des moteurs est lent.
    3. Veille de réseau, pour repérer, contacter et dialoguer avec des sites et interlocuteurs amis susceptibles de publier rapidement un contre-argumentaire [car il est vital d'être la 1ère source d'info à commenter l'évènement]. Ce travail de veille s’inscrit aussi dans la préparation d’un référencement de crise dont j’ai déjà parlé. A ce sujet, la stratégie agressive de Hington Klarsey et sa nébuleuses de sites miroirs peut s’avérer intéressante, puisque le message sera repris de multiples fois avec les mots clés stratégiques de la crise. A confirmer lorsqu’un client de HK rencontrera une crise.

    En résumé, le risque de réputation sur Internet doit être intégré dans une démarche de gestion de crise calculée et assumée par une cellule d’intelligence économique, de veille ou de communication. Ce travail préparatoire est la meilleure garantie de protection de l’identité numérique pour une entreprise.

    Thierry Saussez, Spin Doctor de Matignon

    Thierry Saussez, professionnel reconnu de la communication politique et proche de N.Sarkozy, prend la direction du Service d’Information au Gouvernement.

    Photo de Thierry Saussez

    Cette nomination, pressentie depuis plusieurs mois par certains observateurs politique, confirme la volonté de N.Sarkozy de centraliser l’appareil de communication de l’Etat autour de sa personne, comme je l’expliquai dans un billet précédent. Dans un article de Stratégie du 22 janvier 2008, une source gouvernementale se dévoile:

    « cette piste est la seule actuellement à l’étude et a l’avantage de garder le SIG sous la tutelle de Matignon tout en y installant un proche de Sarkozy »

    A 59 ans, ce proche de Nicolas Sarkozy a une longue carrière de Spin doctor derrière lui. A la tête du cabinet de conseil Images & Stratégies pendant plus de 20 ans, il a conseillé nombre de personnalités politiques [Jacques Chirac, Édouard Balladur...] et a navigué dans les eaux tumultueuses de la Francafrique notamment en Côte d’Ivoire. Aujourd’hui, il fait partie du cercle d’influence rapproché à l’Elysée aux côtés de Franck Louvier, Laurent Solly, Frédéric Lefebvre et Emmanuelle Mignon et préfigure sans doute une nouvelle ère de la communication gouvernementale dans la lignée de celle du Président. De quoi relancer les polémiques sur l’instrumentalisation du SIG et la manipulation de l’information au grand public…

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