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[4] Interview I&S – Les nettoyeurs du Web et la veille d’opinion gouvernementale

  • Que pensez-vous des stratégies offensives proposées par certaines sociétés à leurs clients (nébuleuse de linkage, déréférencement, fonctionnement en cellule de crise…) ?

big-brother

Edouard Fillias

Édouard : La Rep.Online n’est pas une activité technique : effectivement, le boosting de certains contenus, la création de liens et les cellules de crise, sont des outils précieux. Mais le nerf de la guerre et l’installation durable d’une nouvelle image web procède de la qualité des arguments employés, de la capacité à construire une écoute avec ses relais d’opinions, de la compréhension des enjeux du débat et de la pertinence des réponses et idées amenées par l’entreprise / l’institution dans le débat. Autrement dit, il faut communiquer avant de pianoter ! C’est d’ailleurs pour cette raison que nous allons nous développer en recrutant des journalistes et des vidéastes, qui pourront produire un contenu de toujours plus grande qualité pour nos clients, que nous diffuserons via le web et sur les carrefours d’audience où se trouvent les internautes.

Alexandre Villeneuve

Alexandre : Le marché de l’e-reputation est récent, il n’y a pas encore de prestation normalisée. Cependant, nous pensons que c’est loin d’être seulement une prestation technique. L’e-réputation est proche d’une stratégie de communication sur le web. D’ailleurs, le terme d’e-réputation n’aurait jamais existé si les agences de pub et de communication avaient pris correctement le train du web et en particulier du web participatif, et non calqué leur communication top-to-bottom habituelle.

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  • Quelle est votre opinion par rapport à la polémique suscitée par l’appel d’offre du SIG (veille d’opinion sur les actions du Gouvernement) ?

OW : Entre temps, la polémique déclenchée par la publication de l’appel d’offre du Ministère de l’Education Nationale a balayé celle du SIG. Le fond de la question reste le même, à savoir la légitimité des institutions publiques à opérer une veille d’opinion des citoyens.

Edouard Fillias

Édouard : Le gouvernement doit avoir une veille d’opinion web : le contraire serait surprenant. Comme n’importe quel centre de décision, le gouvernement doit comprendre l’évolution de l’opinion, ses tendances, ses formes d’expression. Ceci afin de mieux adapter son action (le principe même d’une démocratie : intégrer dans la décision, ce qui ne veut pas dire suivre systématiquement, ce que pense l’opinion).
Sur la Web TV du gouvernement, c’est plus délicat : si elle est un média communautaire, de partage d’info, un outil pour « rendre des comptes » aux citoyens, alors bravo. Sinon, elle risque d’être un problème plutôt qu’une solution.

Alexandre Villeneuve

Alexandre : Bien vu ! J’imagine que cette question est posée parce que Thierry Saussez, l’ancien directeur d’I&S est le nouveau directeur du SIG. En ce qui me concerne, je ne vois pas le problème d’une veille d’opinion gouvernementale, d’une certaine manière elle est déjà effectuée quotidiennement via de nombreux sondages Ipsos-Sofres…
Par rapport, à ce qui peut être dit par certains, ce n’est pas une veille policière, c’est un simple objectif de communication, et n’est-il pas légitime qu’un gouvernement s’intéresse à ce que dit sa population ? D’une certaine manière « écouter » c’est la première étape pour améliorer la relation, et dans peu de temps on verra peut être des « community manager » du 1er ministre ou du ministère des finances œuvrer sur les forums, médias sociaux… A suivre…

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  • Un mot à ajouter / une anecdote à propos des média sociaux / un dicton…?

Edouard Fillias

Édouard : Sur le web, tourne trois fois ta souris avant de cliquer…

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Alexandre Villeneuve

Alexandre : « Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme » encore plus sur le web

[3] Interview I&S – Le blog e-reputation.org

  • Dans quel but avez-vous créé e-reputation.org ? Alexandre, je te soupçonne d’être à l’origine de ce joli nom de domaine, non ?

e-reputation.org

Edouard FilliasEdouard : Nous avons créée e-reputation.org parce que nous nous entendons bien. C’est idiot à dire, mais parfois il y a juste une envie de faire quelque chose ensemble : ce fut le cas. Assez naturellement, l’expert tourné « techno » s’est intéressé à la partie reco stratégique et strat de com, et le consultant en com s’est tourné vers la partie technique (J’ai toujours été fasciné par le grand « mystère » du référencement). L’envie de rédiger ensemble un blog pour commenter et discuter « méthodes » avec la communauté s’est installée naturellement.

Alexandre Villeneuve

Alexandre : Effectivement, c’est toujours intéressant de s’exprimer sur un blog, cela permet d’organiser ses pensées, de les bookmarker et de les confronter avec autrui. Mais je crois qu’Edouard a oublié un objectif important, c’est évidemment aussi un fabuleux outil de communication ;) Et dans cette optique un nom de domaine encore une fois très imaginatif tel que e-reputation.org n’est pas un de mes plus mauvais choix :)

[2] Interview I&S – L’agence Image & Stratégie et le fonctionnement du pôle e-stratégies

  • Pouvez-vous m’expliquer de façon concrète les domaines de compétences et le profil de société de Image & Stratégie ?

Image & Stratégie Europe

Edouard Fillias

Edouard : Image & Stratégie est une agence conseil corporate fondée par Thierry Saussez, grand publicitaire et communiquant politique, et reprise par Bruno Fuchs, ancien redac’chef de TF1. L’agence est une spécialiste de la com à 360°, conjuguant autour de strat’ de com conçue très en amont du besoin d’image de nos clients les outils évènementiels, pub, relations publiques et … web. Image a voulu, comme beaucoup d’agences indépendantes, se doter sous l’impulsion de Thierry Saussez d’un département Internet. J’ai pris la direction de ce département fin 2007, a qui il a donné une coloration « E-Reputation » très forte, dès l’origine. Alexandre a très rapidement rejoint l’équipe du département, qui compte désormais 6 collaborateurs aux compétences variées structurées autour de 4 métiers :

  1. Audits d’image web, veille stratégique et analyse (search)
  2. Référencement stratégique, smo, seo pour les contenus « stratégiques »
  3. Relations publiques web (RP sites / blogueurs + animation de communautés)
  4. Création de médias (webtv, webradio, etc.) et de sites communautaires pour nos clients, afin de « mieux dialoguer » avec leurs publics relais.

Ces quatre thèmes sont évidemment coordonnés par un souci permanent de conseil ciblé, de conception des « bons arguments » et de planification stratégique.

Alexandre Villeneuve

Alexandre : Je pense qu’Edouard, a bien résumé les prestations d’I&S, je vais seulement ajouter que ces prestations d’e-réputation ne se font pas faite à la chaîne. Si nous avons évidemment des procédures, nous comprenons que les marques ont toutes une culture, une image et des besoins particuliers. Il parait dès lors évidents qu’il faut s’adapter au client et non l’inverse.

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  • Quelle est l’approche de I&S en matière de protection de la réputation sur Internet ?

Edouard Fillias

Edouard : Notre approche est 100 % qualitative. Nous ne croyons absolument pas aux marteaux sur le web, aux antipodes du site reputation defender, mais seulement au « soft power ». Autrement dit, nous travaillons beaucoup les arguments pour nos clients, afin de les rendre intelligible à la communauté, trouver le bon ton pour une tribune, pour une vidéo : aux antipodes du lipdub viral de mauvais goût, nous préférons imaginer un contenu pertinent, informé et surtout posté au bon moment pour convaincre et améliorer une rep.online, qu’il s’agisse d’un dirigeant, d’une marque, d’une institution. Nous voulons donc éviter les opérations de « blitzkrieg » online, pour leur préférer des mouvements progressifs, sur la durée, afin de corriger par « petites touches », une image.

Nous ne croyons pas au déréférencement par des voies légales ou par la noyade sous des contenus institutionnels : nous pensons au contraire que les bons contenus, étayés, éclairant le débat, ont tendance à naturellement remonter la pente (à condition d’avoir bien pensé leur référencement…). Ces réflexions valent pour nos tribunes, nos vidéos, nos posts sur les forums, nos créations de blogs, de sites, etc. In fine, nous voulons convaincre, apporter de l’eau fraîche à des débats qui souvent tournent en rond sur le web. Finalement, nous sommes utiles non seulement au client mais à la communauté !

Alexandre Villeneuve

Alexandre : La protection de la réputation, ce n’est pas attaquer des sites/blogs pour telle ou telle information erronée. Le web est un nid à rumeur, et ces rumeurs fonctionnent comme les bactéries, plus on essaye de la détruire avec des antibiotiques et plus elles se renforcent en mutant, et toujours plus rapidement que les sociétés pharmaceutiques sont capables d’innover. L’utilisation de la justice sur le web est dans la plupart des cas totalement contreproductive, j’aurai même envie de dire « La justice sur le web ce n’est pas automatique ».
L’exemple typique c’est l’affaire Fuzz, pourquoi l’acteur méconnu Olivier Martinez a-t-il poursuivi Éric Dupin de Presse-Citron pour un lien de digg-like vers un article légèrement répréhensible concernant sa vie privée ? Cet acteur pouvait-il espérer gagner plus que ce qu’il a finalement gagné (2500€) ? L’espérer me parait tellement incroyable, je ne comprends pas non plus comment ses avocats n’ont pas vu le piège. Ainsi, cet acteur a connu un retour de bâton exemplaire, pour tenter de faire taire une information dont personne n’avait eu vent et n’avait cure.
La réputation, c’est comme la santé, il vaut mieux prévenir que guérir, il faut faire du sport (communiquer), manger équilibré (éviter les dissonances d’image) et ne pas chercher à taire son rhume avec le premier « remède de cheval » venu…

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  • Êtes-vous équipés d’une solution de veille ? Si oui, quel usage en faites vous ?

Edouard Fillias

Édouard : Nous sommes effectivement en partenariat avec la société DIGIMIND, que nous utilisons en back office en cas de crise. Mais en front office, nous avons développé notre propre plateforme de veille, conçue au plus près des attentes de nos clients, des communicants avant tout qui veulent de l’info pour agir et non pas juste pour avoir de l’info.

Alexandre Villeneuve

Alexandre : L’usage de la veille est évidemment de savoir qui dit quoi-quand-où ? La veille est primordiale, notamment pour sentir les tendances émergentes. Cependant, nous préférons cantonner les outils de veille à la recherche. La qualification d’une donnée proposée par certains nouveaux outils nous semble à la fois peu fiable, mais finalement aussi peu utilisable, sans le filtre d’un consultant au courant des problématiques de l’entreprise.

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  • Avez-vous un cas client en tête pour illustrer votre démarche ? Sinon, quel type d’entreprise ou de personnalité se tourne vers vous d’une manière générale ?

Edouard Fillias

Édouard : Nous ne pouvons pas parler de nos clients ni restituer de business case. En revanche, nous pouvons vous dire qui vient nous voir :

  1. des sociétés / institutions / personnalités dont la « marque personnelle » est un enjeu important et qui, pour une raison ou pour une autre, sont exposées dans le débat public. A minima elles souhaitent se protéger de bad buzz, et souvent, réagir à une situation qui s’est déjà détériorée. Nous les accompagnons en ce sens.
  2. le dircom nous explique qu’il a créé un site, qu’il a acheté des adwords et optimisé son référencement : rien à faire pourtant, on ne parle pas de sa marque sur le web. Nous intervenons alors en développement de visibilité. Nous tentons de lancer des ponts entre les préoccupations des internautes, leur sujet, et l’organisation, afin de la rendre visible et d’améliorer son taux de notoriété.

Notre méthode, dans les deux cas de figure : investir les mots clefs Google et des « carrefours d’audience » (Wikipédia, Youtube, Flick’r, réseaux sociaux, etc.). Notre boulot est de s’assurer que nos clients ont leur point de vue cité (intelligemment, et toujours basé sur des faits – c’est là notre limite éthique), quand on tape leur nom / le nom de leurs dirigeants / leurs grands sujets sur le web.

Alexandre Villeneuve

Alexandre : Je confirme le discours d’Edouard, il faut une démarche intelligente :)

[1] Interview I&S – Présentation et parcours d’Edouard et Alex

  • Une petite présentation de vous pour commencer (cursus, disciplines de prédilection dans le web, activité de blogging, intégration à Image & Stratégie…?)

Edouard FilliasÉdouard Fillias : Passionné par le web, je n’ai jamais cessé de travailler dans cet univers : de la Start Up Xooloo dans les années 2000 (sécurisation de l’accès des enfants au net), à Publicis Conseil, Digimind (premier éditeur de solution de veille Français), puis Image & Stratégie, le fil d’ariane est toujours Internet. Je suis aujourd’hui en charge du pôle E-Stratégies de l’agence Image & Stratégie.

Diplômé de Sciences-Po Paris et d’HEC, option Nouvelles Technologies, mon gros dada sur le web a toujours été la veille stratégique. J’ai commencé à m’intéresser à la Veille en 97 / 98, aux prémisses de l’intelligence économique en France, et bossé sous la houlette d’un des papes français de la veille, Louis Chalanset (fondateur d’Innovation 128). Très rapidement, nous nous sommes mis à développer des plate-formes de veille techno fonctionnant à coup de BDD scientifiques et techniques (la norme dans les 80 – 90’s pour récupérer de l’info précise). Et puis, début 2000, le web s’est imposé comme non seulement l’outil, mais la source de référence pour toute les veilles : techniques, scientifiques, concurrentielles, marketing, etc. Au sein de la société Digimind, j’ai eu la chance de travailler au déploiement d’outils de veille dans des grandes structures corporate (SoGé, l’Oréal, France Telecom), et d’expérimenter les techniques les plus récentes, ainsi que la dimension « gestion de projet » de veille, complexe (amitiés à Christophe Asselin, le « maître du search » qui officie toujours chez Digimind).

Chez Image & Stratégie, nous nous concentrons sur la veille comme un des éléments indispensables de toute stratégie de communication online (et offline), notamment de com’ de crise. Nous proposons à nos clients des plateformes online et mobiles, clefs en main, avec une forte dimension « push mail », pour partie automatique, pour partie alimentées par des websurfeurs, spécialisées dans la détection de buzz. C’est notre plateforme « E-Stratégie », qui nous sert d’outil de travail et de reco très opérationnel. La E-Reputation, au service des entreprises, des personnalités publiques (célébrités ou politiques), est aujourd’hui au cœur de toutes nos interrogations et actions professionnelles. La veille nourrit nos actions de placement de contenus, d’argumentaires, de gestion de référencement stratégique des contenus, etc.

OW : En poste chez Digimind, Édouard Fillias a rédigé un livre blanc sur la question centrale du ROI dans le cadre d’un projet de veille. Il intervient régulièrement sur BFM avec Fabric Lundy, au titre de consultant en communication.

Alexandre VilleneuveAlexandre Villeneuve : Dès 2000, j’ai été immergé dans le web via l’une des premières formations universitaires spécialisées multimédia (IUT SRC), cette formation très pluridisciplinaire m’a permit d’acquérir autant des connaissances « plastiques » (design, photo, vidéo, conception, ergonomie, communication…) que des connaissances « techniques » (développement Java/PHP, signal, réseau…). Ce joli saupoudrage me paraissait à l’époque bien inutile, mais j’estime aujourd’hui que c’est une force et qu’il a sans doute fondée une curiosité essentielle lorsqu’on souhaite travailler dans le web. Après, 3 ans de formations généralistes, il fallait bien se spécialiser, c’est alors que je me suis posé une question existentielle : Techos ou pas techos ?

Pour tester le premier, j’ai passé une licence informatique à l’IFSIC à Rennes, tout en effectuant en e-learning une MST Spécialisé en Management Web. Cette année plutôt intense m’a permit de me rendre compte que si le développement me passionnait à court terme, je risquai de me lasser assez vite. C’est ainsi que le techos que j’étais à l’époque est passé du côté obscur de la force, enfin en école de commerce :) Rentré en niveau bac+4, j’ai passé deux ans entre la formation généraliste sur l’entreprise de l’INSEEC et la gestion de projet web pour un groupe de cliniques. Au sein de ce dernier, j’ai eu la chance de pouvoir mettre en place une grosse stratégie de référencement (sur plusieurs dizaines de sites). Cette stratégie a rapidement porté ses fruits et démontré sa puissance, ce qui m’incita à développer une activité de référencement, d’autant plus que le domaine était et est encore en pleine croissance. J’édite d’ailleurs depuis un blog sur ce thème, au nom imaginatif de référencement blog ;)
Au départ, j’ai apporté à I&S mes compétences techniques en référencement, mais rapidement j’ai été happé par des problématiques plus éditoriales et argumentatives, du fait de ma bonne connaissance du web. Car on n’aborde pas le web, avec des communiqués de presse ou des publicités éditoriales, il faut trouver les canaux et le ton juste, ce qui pour de nombreuses marques n’est pas évident.

OW : J’ajoute qu’Alex est Vice Président de l’association SEO Camp, Communauté du Référencement qui organise des rencontres débats dans toute la France, et instigateur du mouvement pour le DoFollow, c’est à dire en faveur de la diffusion de la popularité à travers les liens de commentaires.

Interview de Alexandre Villeneuve et Edouard Fillias, coauteurs du blog e-reputation.org

microPremière interview sur ce blog, sur le thème de la veille et de la réputation sur Internet. J’ai eu le plaisir d’échanger avec Édouard Fillias et Alexandre Villeneuve, tous deux évoluant au sein de l’agence Image & Stratégie, connue pour avoir appartenu un temps à Thierry Saussez, aujourd’hui à la tête du Service d’information du Gouvernement [SIG]. Édouard et Alex sont également coauteurs du blog e-reputation.org depuis le mois d’août et c’est dans ce cadre qu’ils se sont prêtés au jeu de mes questions. L’un a fait ses classes à Sciences-Po et chez Digimind, l’autre est plutôt « techos » expert en stratégie de référencement.

L’interview est assez longue car nos deux protagonistes ont fait l’effort de développer leurs idées au sujet de l’e-reputation, du référencement, de la veille d’opinion, de la communication de crise et du métier de leur agence…je vais donc publier plusieurs billets au fil de la semaine :

Profession : Internet Strategist de Barack Obama

Chris HughesDe nombreux observateurs affirment que la victoire de Barack Obama s’est jouée sur sa capacité à mobiliser l’électorat sur les réseaux sociaux. Retour donc sur le parcours, la méthode et les résultats d’un des principaux artisans de la stratégie de Barack Obama sur le web, Chris Hughes.

A l’origine, Chris Hughes, 24 ans, fait partie des fondateurs de Facebook aux côtés du désormais célèbre Mark Zuckerberg [CEO de FB] et de Dustin Moskovitz [Vice Président de FB]. En février 2004, ils sont colocataires à Harvard et se lancent dans la création de Facebook dans le but de pouvoir identifier les étudiants du Campus. Hughes n’intervient pas sur les aspects techniques de la plateforme mais il est responsable de la gestion des données personnelles et on lui doit aussi certaines évolutions comme la fonctionnalité « poke ». Alors que Zuckerberg et Moskovitz décident quelques mois plus tard de s’associer à Sean Parker, fondateur de Napster et Plaxo, et de s’installer à Palo Alto pour poursuivre le développement de Facebook, Hughes préfère terminer son cursus à Harvard où il étudie l’Histoire, la Littérature avec une major en Théorie Politique et Sociale Française. Pour la parenthèse, Sean Parker sera finalement éjecté de Facebook en 2005 suite à une arrestation pour consommation de cocaïne

Chris est sollicité pour la première fois en 2006 par Jim Brayton [Responsable Internet] et Joe Rosper [Responsable Média Sociaux] pour les accompagner dans la création et l’animation du profil Facebook du candidat. 4 mois après cette première collaboration, il est officiellement recruté dans l’équipe basée à Chicago, qui compte environ 95 personnes réparties entre la gestion  du site BarackObama.com, des campagnes d’e-mailing, l’actualisation des profils sur les réseaux sociaux généralistes [Facebook, Myspace...] et éthniques  [BlackPlanet, MiGente, AsiaAve], l’achat de mots clés et de bannières pub, la production et la diffusion de vidéos et le traitement des demandes par mail. En effet, Barack Obama a toujours été convaincu de l’importance du web dans sa stratégie de communication, en suivant deux axes forts : « Bottom-up strategy » et « Grass-root ».

Logo Obama

Tout le talent de Chris Hughes aura été de retranscrire cet objectifs stratégiques en s’appuyant sur son expérience de Facebook et en suivant lui aussi deux principes fondamentaux : « Keep it real », « Keep it local ». C’est donc dans l’optique de créer du lien social de proximité qu’il a conçu la pierre angulaire de dispositif communautaire du candidat, MyBarackObama.com. La grande force de ce site a été de permettre la décentralisation de la mobilisation en incitant militants et sympathisants à prendre des responsabilités locales grâce à des outils intuitifs et conviviaux : un profil personnalisable, un service de messagerie et de blogging, un module de don en ligne, « Find a local group » pour organiser des évènements de quartier [Walking campaigns, Calling campaigns essentiellement],  « Fundraising » pour se fixer un objectif de don à atteindre et envoyer des emails à son réseau; le tout récapitulé sur un Dashboard. Côté technique, MyBO s’appuie sur une architecture proche de Facebook, mais aussi sur NGP Software pour le système de don en ligne et BlueStateDigital [dont Joe Rosper est un des fondateurs] pour les fonctionnalités sociales.

Une équipe créative donc, co-animée par Chris Hughes, mais également réactive comme en témoigne la création du site Fight the Smears, en fin de campagne, pour minimiser la portée des attaques des militants républicains [on se souvient de Barackbook] et pour tenter de ramener la vérité sur les rumeurs qui pourraient écorner la réputation de Barack Obama sur Internet. Le site reprend point par point les controverses et contre-argumente avec articles de presse, biographies, chiffres et vidéos à l’appui.

Les résultats de cette stratégie de présence online sont remarquables et prouvent que le web n’est pas étranger à la victoire de Barack Obama. MyBO a permis de lever 200 millions de dollars [dont 45 millions au mois de février seulement], soit près la moitié des sommes récoltées pendant la campagne, grâce à 1 millions de membres qui ont orchestré de manière autonome 75.000 événements locaux et 2 millions d’appels téléphoniques. On comprend mieux le rôle d’internet et de sa stratégie de mobilisation de la base électorale en observant la structure des donations : 95% des dons qu’a reçu Obama sont inférieurs à 50 dollars contre 13% du côté de John McCain, qui aura réussit à lever seulement 171 millions de dollars. Lors de ces élections, les 18-29 ans ont été entre 21 et 24 millions [dont 66% ont voté pour Obama], ce qui n’était pas arrivé depuis 1972 aux États-Unis. Par ailleurs, la participation des Noirs et des Hispaniques [26% des votants] a été nettement plus importante qu’en 2000 [19% des votants]. Le dispositif internet aura donc permis à la fois une récolte massive de petits dons et une participation importante d’un électorat habituellement absent des bureaux de votes, les jeunes et les minorités. Selon le Pew Internet & American Life Project, 46 % des Américains ont recouru à l’Internet, aux e-mails ou aux SMS pour s’informer ou mobiliser des tiers durant la campagne.

Chris Hughes a donc incontestablement joué un rôle clé dans l’élection du nouveau Président des États-Unis en capitalisant avec brio sur sa connaissance des média sociaux pour accroître la participation et la représentativité de la base électorale. Il est d’ailleurs pressenti par certains pour devenir le futur CTO [Chief Technology Officer] de l’administration Obama, même si la concurrence risque d’être rude avec d’autres personnalités fortes comme Eric SchmidtSteve Ballmer ou encore Meg Witman. Il est certain qu’il restera dans l’entourage de Barack Obama, qui a d’ores et déjà entamé la récupération de son « capital communautaire » en lançant Change.gov au lendemain de sa victoire.

“Pris sur la toile”, Documentaire sur l’e-reputation

Premier du genre à ma connaissance, « Pris sur la toile » est un documentaire de 53 minutes sur le thème de l’e-reputation, écrit et réalisé par Grégory Magne et Stéphane Viard. Les deux auteurs reviennent ainsi sur les badbuzz qui ont jalonné l’histoire récente de la toile comme la diffusion des photos de Laure Manaudou, la vidéo de Nicolas Sarkozy au salon de l’agriculture, la prise de position d’Alain Duhamel pour Bayrou ou encore la pub de Powéo avec Chabal.

13ème rue

Beaucoup d’interviews de personnalités du monde politique, médiatique et du web sont égrainée au fil du documentaire. On y trouve Vincent Dufief, avocat spécialisé dans les nouvelles technologies et auteur de nombreux articles dans la presse en ligne, qui rappelle toute la difficulté du recours juridique dans le cas d’un buzz diffamatoire étant donnée la vitesse de propagation des contenus. Guy Birenbaum, auteur de Domaine d’extension de la lutte, revient sur les raisons qui l’ont poussé à diffuser la vidéo d’Alain Duhamel et reconnait avoir probablement fait l’objet d’une manipulation visant à évincer le journaliste de RTL. Nicolas Vanbremeersch, Directeur de Spintank, rappelle à juste titre que la plupart des crises sur le web communautaire sont latente et évitables lorsqu’on prête attention aux signaux faibles en écoutant les opinions des internautes. André Santini, Secrétaire d’Etat à la Fonction Publique, estime quant à lui que la tendance du web à récupérer les déclarations « off » va dans le sens de la transparence des hommes politiques, ainsi contraints à ne plus pratiquer de double discours. Ivan Roussin, Directeur de la Commmunication de Powéo depuis 2007, évoque la stratégie de dialogue entreprise par Powéo avec les blogueurs  suite au badbuzz de la pub Chabal. Anthony Zameczkowski, Directeur du Développement chez Youtube, dédouane sa société de toute responsabilité en rappelant qu’elle met à disposition des internautes un système d’alerte en cas de contenu diffamatoire. Enfin, Alex Türk, Président de la CNIL, s’étonne de la naîveté des internautes lorsqu’ils diffusent des informations personnelles sur les réseaux sociaux, avec le risque qu’elles soient exploitées à des fins malveillantes.

Ce film, un brin alarmiste, s’adresse plutôt à un public de non-avertis mais il a le mérite de nous rappeler les fondamentaux du risque de réputation sur Internet et de soulever les bonnes questions en matière de protection de l’identité numérique. Sans limite, ni censure dans la divulgation d’informations compromettantes, [1] le web s’est progressivement imposé comme le média du hors-antenne par excellence, obligeant les personnalités publiques à la vigilance constante. [2] La formation d’une communauté de blogueurs à forte audience, à la fois courtisés par le marques et avides d’indépendance, expose les entreprises à un risque d’image de plus en plus prégnant. [3] L’apparition des réseaux sociaux a multiplié les occasions de rester en contact avec sa communauté mais aussi de dévoiler des informations à caractère privé. Dans ce contexte en perpétuelle évolution, où doit s’arrêter le partage d’informations ? Et comment préserver sa cyber-réputation tout en profitant de ce puissant outil de communication ? Des questions à méditer si vous avez 53 minutes à perdre...